jeudi 22 juin 2017

Oregon Coast Trail - jour 2

22.06.2017 : environ 8,5 miles

Départ ce matin du camping du phare d'Umpqua jusqu'à Winchester Bay.







Là nous nous renseignons sur les moyens de passer la rivière. À moins de faire du bateau-stop, il faut marcher sur la 101 pour franchir un pont, et le trottoir est justement en travaux. Nous ferons donc de l'auto-stop jusqu'au trailhead de la rivière Tahkenitch.

Il faudra la traverser, ainsi que la Siltcoos river quelques miles plus loin, mais nous nous arrangeons pour arriver à marée presque basse. Cela implique beaucoup d'attente. Le vent rest toujours démentiel en fin d' après-midi, alors nous allons camper à l'abri relatif des dunes. Le sens de tout cela m'échappe un peu. Il y a rarement un vrai trail, beaucoup de route, et pour l'instant, ce n'est pas le chemin des petites criques sauvages que j'espérais. Heureusement, le paysage devrait changer d'ici quelques jours.

mercredi 21 juin 2017

Oregon Coast Trail

21.06.2017 : environ 15 miles

Bluebill Lake Trailhead à Sand Dunes

Une marche sur une plage immense, avec pendant des heures aucune trace d'activités humaines... Jusqu'à l'apparition des quads, nombreux dans la région.






Passage de rivière... Ici il suffit d'attendre que la marée descende...


Parfois, il n'est pas simple d'aller se mettre à l'abri des dunes !

L'après-midi, nous marchons avec le vent de face, qui forcit. Le sable s'envolé et nous fouette le visage.

À Sand Dunes, je demande au gardien du camping de nous pousser jusque là où nous avons prévu de passer la nuit. Ouf !
Car j'ai trop mal aux pieds.

samedi 17 juin 2017

PCT en pause

Cela va faire une semaine que je suis descendue de Kearsage Pass. Malgré des soins attentifs, et une amélioration certaine, l'état de mon pied droit ne me permet pas de retourner sur le trail pour le moment. Je suis en repos forcé chez une famille américaine qui m'a ouvert la porte de sa maison et de son jardin comme lieu de convalescence. Je devrais donc adapter mes plans en fonction du temps que prendra celle-ci.

Le trail me manque. Et pourtant, encore une fois, je suis émerveillée par la gentillesse, l'entraide et la générosité des personnes réncontrées.

lundi 12 juin 2017

Jour 67 : Zéro à Independance

11.06.2017 : 0

C'est dimanche et pour une fois, je ne vais rien faire du tout. Déjà je ne peux pas, mes pieds sont tellement enfles que j'ai même de la peine à mettre mes crocs.

Le petit déjeuner de l'hôtel est magnifique, avec un pain aux bananes maison extraordinaire. Dans la matinée, j'arriverai à faire les 300 mètres qui me séparent de la station-service, où je croiserai Young Shot et ses potes. Ils sont montés, et redescendus.




Independance, c'est vraiment tout petit...

Des groupes de hikers que je connais donnent des nouvelles. Si certains passent, d'autres trouvent les rivières vraiment trop dangereuses. D'ailleurs, un jeune homme s'est fait emporter l'autre jour. Des amies ont directement été sur l'Oregon Coast Trail, possibilité que j'avais aussi envisagée. Il faut dire que pour changer, ce week-end, il neige en Californie du Nord !

Je passe aussi un moment dans le jardin, et quand même, pour une fois que je suis dans un hôtel charmant, voici un aperçu.







Mais est ce que quelqu'un peut me dire pourquoi le livre de chevet est celui-ci ?



Le proprio me fait ma lessive, et quand à moi je vide régulièrement le pus de mes cloques multicouches...

Ce soir, je trouve quelqu'un qui va jusqu'en Oregon en voiture. Ça m'évite de devoir prendre le bus à 6h30 du mat ' et de faire 24 h de trajet. Cool !

dimanche 11 juin 2017

Jour 66 : Over Kearsage Pass

10.06.2017 : 13,4 miles ou 21,5 kms, c'est à dire quelques miles sur le Pct, 2 sur Bullfrog Lake Trail, quelques miles sur Kearsage et 2 miles de route...

Ouf, au réveil les nuages qui s'accrochaient aux sommets hier soir ont disparu. Au moins ça. Pour le second matin, j'enfile des chaussettes gelées dans des souliers gelés. Je ne sais pas si il y a des gens qui s'y habituent, mais pour moi, c'est le truc démoralisant, de se dire que ça pourrait être comme ça pendant deux mois. Ma cheville me fusille de douleur à chaque pas, vu que le bord gelé de la tige frotte sur l'hématome déjà bien formé là.


Plusieurs avalanches ont dévasté la forêt dans la vallée où nous avons campé. Tous ces arbres déchiquetés comme autant de fetus de paille...

Il y a encore un petit passage de torrent sur un tronc, puis c'est la neige, tout le jour, puisque nous remontons en direction de Kearsage Pass. J'observe sur une assez longue distance que bien souvent les empreintes de cervidés montrent qu'ils empruntent les mêmes chemins que les humains. Eux aussi cherchent sans doute à éviter de postholer et les chemins très parcourus sont sans doute un peu moins parsemés de suncups.

Ni Romana, ni moi n'y tenons plus. Nous sommes d'accord pour nous débarrasser l'une de l'autre et je la vois partir avec un certain soulagement. En cinq jours, je n'ai vu sourire cette femme qu'une seule fois !

Bon, je ne suis pas plus rapide pour autant, maintenant que je dois faire ma propre navigation, mais j'apprécie chaque minute de cette journée ensoleillée dans la neige, qui pourrait bien être la dernière avant un certain temps, vu qu'à Independance je compte passer un bon moment à me renseigner sur ce qui se passe plus au Nord afin de déterminer la suite à donner à ce voyage.

J'ai enfin le temps d'admirer vraiment le paysage et de prendre des photos.


Entre-vue...

Après une première montée un peu raide, j'arrive à la jonction de Bullfrog Lake où je quitte le Pct. Ce sentier va d'abord longer un ou deux lacs avant de rejoindre celui du col.


Beauté glacée des lacs de montagne.


Je m'améliore dans le repérage de l'approche de col !

Il y a de nouveau un pierrier et une grimpette dans la neige, mais rien d'aussi raide que hier.




Ça ne sort pas très bien sur la photo, mais oui, ce lac a réellement une forme de crapaud !

Ensuite, il s'agit de redescendre du col à l'Onion Valley Trailhead. C'est le week-end et il y a un nombre incroyable de personnes qui montent le sentier, raide et couvert de neige, les courageux. Plusieurs ont prévu de camper là, mais le peu d'espace disponible en décourage certains.

La descente s'apparente parfois à de la randonnée, mais plus souvent à du ski sans skis ou à de la luge sans luge. Vers la fin, quand le trail commence à être parfois visible, c'est le plus souvent une rivière. Puis bien sûr, il y a trois mètres de trail sec et au soleil, alors je manque de marcher sur un serpent qui a pensé que c'était un bon endroit pour prendre un bain de soleil. Je les avais presque oublié, ceux là ! Je saute plus ou moins par-dessus et le vois du coin de l'œil se recroqueviller pour attaquer, puis nous filons tous les deux dans des directions opposées, quittes d'une bonne frousse !

Au trailhead, ma première préoccupation est de m'oter les pieds des chaussures. J'ai le temps de faire un lunch tardif, de vider mon sac des déchets, de percer quelques cloques, de mettre à sécher mes chaussettes et mes gants. Des hikers dorment par terre au soleil, d'autres font du yoga. Peu de voitures à cette heure-ci. Ce qui fait que quand j'en vois une qui fait mine de descendre et qui accepte de me prendre, je me précipite, et j'oublie mes gants et mes chaussettes.

Super sympa, le gars qui conduit, mais il ne va pas jusqu'à Independance, et me laisse à sept miles. Je commence donc à marcher sur la route, mais ma chance légendaire au stop semble évanouie. Il faut dire que je dois avoir une sacrée dégaine avec mon piolet, mes bâtons de rando, marchant en crocs le long de la route, mes souliers sur l'épaule !

Bon, pour finir un couple a pitié de moi et m'épargne les cinq miles qui me restent jusqu'à Independance. Au carrefour, voilà que je rerouve Young Shot et trois autres hikers qui essayent de remonter au trailhead, avec l'objectif d'aller jusqu'à Vermillon Valley Resort.

Quand j'arrive enfin à un hôtel, je choisi pour une fois celui qui est un peu plus chic, plutôt que le moins cher. La sympathique propriétaire doit avoir pitié de moi quand je lui dit que je n'ai plus l'énergie de marcher jusqu'à l'unique restaurant de la ville et lui demande à pourvoir cuisiner dans la cour. Elle partage son dîner avec moi !


Repos à l'ombre, avec un magnifique siamois câlin en prime !

Apparemment, je fais peur à voir, je suis rouge écrevisse, vu que je n'avais plus de crème solaire, et mon état semble inquièter le mari de la gentille proprio. Il essaie de me convaincre de faire un masque au miel, mais cela a beau chauffer, je n'arrive pas à m'y résoudre !

Ce soir par la fenêtre, la lune illumine tout d'une douce lumière... Ah... Dormir dans un lit !

Jour 65: Over Forrester Pass

09.06.2017 : 14,1 miles ou 22,7 kms

La journée commence par une nouvelle mésentente avec Romana, que je surprend à me mentir comme un arracheur de dent, chose dont j'ai une profonde horreur. Je pense au livre de Véronique Girard-Madoux "Trail Magic" et me demande ce que j'ai fait pour que moi aussi je doive traverser la Sierra avec quelqu'un d'imbuvable...

À part ça, la première action de la journée c'est de traverser Wallace Creek, plus basse ce matin que hier soir. Je m'y lance en crocs. De l'eau glacée jusqu'au genoux à 6h du matin, ça réveille ! Heureusement, il y a deux sympathiques couples américains qui font le même trajet que nous aujourd'hui. Ce sont Chasing freedom et Hipbelt & Humble et Ocean spray. Tous ont fait l'AT il y a quelques années et j'apprends pleins de trucs utiles. Par exemple, que la couleur rouge de la neige est due à une algue et signale les endroits où il y a de l'eau dessous, donc potentiellement danger de passer à travers. Ou que si on est pas sûr que son filtre fonctionne comme il faut, par exemple à cause du gel, on peut filtrer du Gatorade rouge. Si la Gatorade ressort claire et transparente, le filtre est bon !

La seconde traversée de rivière est plus rocambolesque. Le pont de neige qui permettait de traverser a dû s'effondrer récemment. Les avis sur la stratégie à suivre divergent. Nous remontons donc la rivière et traversons peut-être un demi-mile plus haut. Cette fois, je me lance en chaussettes. De toute façon, mouillé pour mouillé, ça ne change plus grand chose, mais je n'arrive pas encore à faire comme certains qui y vont allègrement avec leurs souliers.

Après avoir franchi cette rivière, c'est la longue montée sur le point appelé l'approche de Forrester Pass. Pas longue en miles, mais en effort. Pas de chemin, juste des centaines ou des milliers de suncups plus ou moins profondes au bord desquelles il faut adroitement poser les pieds en espérant glisser le moins possible. Ici, ni microspikes, ni crampons, ni raquettes ne changeraient rien, puisque dès 9 ou 10h la neige molli. Alors que nous gagnons de l'altitude, un vent assez démentiel se lève. En général, il pousse dans la bonne direction, mais certaines bourrasques sont si fortes qu'il est difficile de rester debout.


L'approche de Forrester, on voit bien la fameuse chute. Le col est dans le V.

Dès lors que nous sommes tout près du col, et malgré la neige en train de mollir, nous décidons de nous lancer. Camper ici serait sûrement une expérience désagréable, vu le vent, et il n'est pas certain que faire l'approche de nuit ou au lever du jour serait réellement plus sûr. Les difficultés seraient probablement juste différentes.

Ensuite, c'est l'approche en elle-même. On peut vaguement deviner où commencent les lacets taillés dans le roc, et le chemin à tracer dans la neige pour y parvenir. Nous sortons les piolets, et y allons à la queue leu leu. Ça n'est pas à la verticale, mais vu la neige, ce n'est plus de la simple randonnée non plus. Hipbelt ouvre la voie, merci à lui. Puis le nous faut encore grimper dans un pierrier en évitant de faire dévaller la caillasse sur ceux qui attendent leur tour en-dessous.

Après ça, les quelques lacets du trail et la fameuse chute ne paraissent pas demander beaucoup d'efforts. Peut-être est-elle impressionnante les années sans neige, mais la seule réflexion qui me vient à l'esprit c'est que d'ici quelques jours, il sera beaucoup plus difficile et dangereux pour ceux qui nous suivent de faire pareil, c'est à dire de traverser en milieu d'après-midi.

Encore quelques mini-zigzags et c'est le sommet, la séance de félicitations et de photos usuelles. Nous sommes à 4000m, le point le plus haut du Pct.


L'approche vue d'en-haut


Avec le piolet, ça fait plus pro !

Ensuite, il s'agit de redescendre et nous perdons une grande partie des 1900 pieds, ou 580m suivants en glissades sur nos fessiers gelés. Impressionnantes vues d'en haut, les pentes ne sont pas si terribles que cela si on maîtrise sa vitesse au piolet et aux talons.

Ensuite, il s'agit juste d'avancer et d'avancer au mieux pour trouver un endroit où camper. Tous les camps sont encore sous la neige, il faut avancer, descendre, encore et encore. Pour finir, nous trouverons quelques mouchoirs de poches dégagés juste assez grands pour y poser nos tentes.
La mienne est trempe, ainsi que mon matelas, puisque ces items ne sont pas dans la partie imperméable du sac. Je rajoute ma couverture de survie comme isolation supplémentaire sous ma tente. C'est la première fois que je la sors de son emballage et le revêtement isolant est en train de se décomposer. Au moins ce poids mort aura-t-il servi une fois à quelque chose ! J'enfile tout ce que j'ai comme vêtements et me glisse dans mon sac en luttant contre l'hypothermie.

Jour 64 : Demi-tour sur le Whitney

08.06.2017 : 10 miles du Jmt et 3,3 miles du Pct ou 21,4 kms

Comme prévu, debout à deux heures du matin pour se lancer à l'assaut du Mt Whitney. Je n'ai pas la forme. Je ne sais pas si c'est le stress du au fait de marcher de nuit, ou celui lié à l'attitude de Romana, je fais un épouvantable mal des hauteurs. Si bien qu'à 3900 mètres, quand j'arrive à ce que quelqu'un m'a décrit comme le couloir de la mort, je renonce. Je n'ai pas l'énergie de grimper ce raidillon verglacé. C'est avec un immense soulagement, et aussi une certaine tristesse, que je renonce. Je regrette un peu ma décision quand je croise deux gars que je connais, dans la descente, qui y vont gaiement, plusieurs heures plus tard que ce que d'autres considèrent déjà comme trop tard. Je suis persuadée que seule ou mieux accompagnée, je l'aurais fait. Mais comme me dit Maren, on peut toujours revenir quand il y aura moins de neige. Et c'est beau quand même.




Le fameux Guitar Lake

De retour au camp, j'ai mal partout. Mes souliers neufs y sont pour quelque chose. De plus, difficile de réussir à fermer l'œil. Il fait soit intenable dans la tente ou au soleil, soit froid à l'ombre.

Vers 15h, Romana veut partir. Je me demande si c'est pour éviter de croiser Mattias qu'elle a jeté comme une vieille chaussette. Nous ferons 3,3 miles sur le Pct et nous arrêterons pour camper à côté d'une rivière intraversable ce soir. Il y a juste la place pour poser la tente entre deux bancs de neige. Je me suis fais mal dans une dérupe incontrôlée à la fin de l'après-midi. Il faut dire que je trouve qu'avec toute cette neige et les difficultés de navigation que cela entraîne, Romana prend des risques inconsidérés. Je ne suis pas vraiment obligée de la suivre, j'en suis consciente, mais vu qu'apparemment tout le monde est unanime sur le fait qu'il est plus sur d'être en groupe, je me résigne.
Bon, il y a des gens qui l'ont fait tout seuls, mais vu les conditions actuelles, je ne suis qu'à moitié prête à prendre le risque.

Bref, une journée mi-figue, mi-raisin, mais quelque part je suis intimement persuadée que les leçons de tout cela ne sauraient tarder. C'est peut-être l'occasion de préciser que pour moi cette balade est d'abord une expérience humaine et spirituelle. J'ai remarqué que pour certains le côté performance sportive compte beaucoup, mais en ce qui me concerne, cet aspect là m'échappe complètement.