mercredi 1 novembre 2017

Post-PCT : petit bilan

« Le mode le meilleur de voyager est de se perdre, d’abandonner les schèmes et les fantasmes. Le mode le meilleur d’oublier est d’aller loin, y compris du temps, de remplir son propre silence » Marco Steiner

La moitié. À une amie qui s’inquiétait que je ne voie le fait de n’avoir fait « que » la moitié du PCT comme un échec, j’ai répondu qu’il valait mieux voir cela comme une demi-réussite. Oui, je préférerai pouvoir dire que j’ai fait la totalité. Mais d’une part, je sais que j’ai fait du mieux que j’ai pu étant donné les circonstances – météo, blessure, timing – et d’autre part, l’avantage de n’avoir pas terminé, c’est que c’est une excellente excuse pour y retourner ! À un pote qui me faisais remarquer que j’avais déjà fais plus de miles que tous ceux qui ont bâché déjà dans le désert, j’aurai pu répondre que je ne crois pas utile de se comparer avec la queue du peloton. Je préfère marcher au défi, c’est bien plus motivant !

Cependant, au final, ce qui compte, ce n’est pas vraiment le nombre de miles. Et aller marcher sur le PCT ne devrait pas être qu’un but en soi, parce que si l’idée c’est seulement de marcher 4300 kms dans l’année, autant faire n/jour le tour de son périph, le résultat est le même. Il me semble que le voyage, tout voyage, devrait d’abord être un moyen, un moyen de toucher à, ou de devenir autre chose que la somme des habitudes accumulées dans la répétition d’un quotidien empli des croyances de la société dans laquelle on se trouve, quelle qu’elle soit. Et de ce point de vue, le PCT m’a apporté ce dont j’avais besoin. L’intention annexe à l’achèvement de ces 2660 miles s’est réalisée et c’est ce qui compte principalement pour moi.



Et dans cette aventure il y a deux choses qu’on entend régulièrement sur le trail et que j’ai découvertes être absolument vraies.

La première est The trail provides. Le chemin pourvoit. C’est vrai pour le chemin, par exemple quand j’ai trouvé un tyvek flambant neuf dans la hiker box de Kennedy Meadows. Si on arrive à voir que le chemin est une allégorie pour la vie, on se rend compte que c’est vrai aussi à une échelle plus vaste. Ce chemin ou un autre fournissent d’excellentes occasions de se débarrasser une fois pour toutes des croyances limitantes dont on nous gave au quotidien.

La seconde est Ultimately, it’s all about the people. Ultimement, ce qui compte c’est les gens. C’est vraiment très américain comme manière de penser, et ils sont parfois très touchants tant les destins individuels les émeuvent. Mais c’est vrai, les rencontres faites sur et autour du PCT sont réellement extraordinaires. J’ai rencontré beaucoup de gens dont j’espère conserver l’amitié durablement. C’est d’ailleurs une des réflexions qui revient dans de nombreux blogs de hikers : la générosité et la gentillesse des gens gravitant autour du trail, par exemple les trail-angels, est de nature à vous réconcilier avec l’humanité.

Bien entendu, il y a quelques trucs que je ferai différemment si c’était à refaire, notamment du point de vue administratif. Je serais probablement plus radicale dans ma manière de quitter l’Europe, ne serait-ce que pour échapper au diktat des assurances-maladies (rien que le nom, d’ailleurs, il y a quelque chose à dire ! Si c'était une assurance santé, le concept serait différent, mais bon), dont les restrictions m’ont valu quelques déconvenues. 

A part cela, j'en retire que la meilleures stratégie est sans doute celle de Yippie, qui affirme avoir construit sa vie professionnelle autour de son envie de voyager, plutôt que de devoir se restreindre à ne voyager que le mois autorisé par an. Et là, c’est à chacun d’être créatif !

Mais si le voyage c'est de se perdre, il devrait aussi permettre de se retrouver. Et à l'heure où beaucoup de hikers se parlent sur les réseaux sociaux pour éviter la dépression post-trail, avoir l'impression qu'on a acquis quelque chose de durable et que ce n'était pas juste une fuite en avant, c'est assez rassurant. C'est un peu la différence entre Wild et Into the Wild, quoi. Car même si le premier est une daube incommensurable, je peux l'employer pour illustrer mon propos. C'est affligeant, dès qu'on parle de PCT, la réaction de beaucoup de gens, c'est tout de suite... "ah, comme le film, là...?" Oui, ben dans "le film là...", après le PCT, elle s'est construit une vie qui vaut la peine d’être vécue, semble-il. C'est toujours ça. 







jeudi 19 octobre 2017

Post-PCT : quelques chiffres

S’il y a quelque chose que je n’aime pas, c’est faire des statistiques, mais en fait, après le trail, on a envie de pouvoir donner quelques chiffres qui expriment l’amplitude du chemin parcouru.


Donc après quelques calculs, voilà ce que cela donne :

Départ de Campo : 05 avril 2017

Arrivée à Chester/PCT-Mid point : 19 septembre 2017

Nombre de zéros : 15 (plus 58 jours ou 8 semaines d’arrêt blessure)

Nombre de néros : 10

Nombre de jours de marche de plus de 10 miles : 87

Plus longue distance : 23,4 miles ou 37,65 kms

Total des miles du PCT parcourus : 1266,1 ou 2037,6 kms

Miles manqués pour avoir un chemin continu sur cette partie : 63 ou 101,38 kms

Miles du PCT parcourus à double : 22,3 ou 35,9 kms

Miles parcourus hors-PCT = Whitney, OCT, etc (approximation) : 61,4 ou 98,8 kms

Total des miles parcourus aux States (approx): 1351,2 ou 2174,5 kms


Dénivelé sur le PCT sections Californiennes A à M :

Dénivelé positif : 239'707 pieds ou 73'062 mètres

Dénivelé négatif : 240’360 pieds ou 73'262 mètres

Pour résumer : le Pct, ça vous fait les pieds !

dimanche 24 septembre 2017

Jour 169 : et... voilà la neige!

12.09.2017 : 5 miles environ

À Chester, j'ai quitté le trail. Cela a été rendu un tout petit peu plus facile de par le fait que je n'étais pas seule dans ce cas. Le jeune homme qui dormait aussi derrière l'église avait fait une moitié du Pct l'année dernière, avait du arrêter pour cause de facture de stress, et il a complété le chemin cette année. Nous nous levons avant le jour pour attraper le bus, pour aller prendre lui son avion et moi une voiture de location.

Vu que mon projet est de faire certains des miles que j'ai sauté, je me dirige vers South Lake Tahoe. Et là, il s'est mis à neiger. J'ai juste eu le temps de finir les miles d'Echo lake. À certains endroits, il est tombé un pied, paraît-il. Ça compromet aussi mon projet de refaire le Whitney. Bon si on regarde les choses du bon côté, ça fait plein de raisons de revenir. Et moi je vais faire comme les oies dont j'aperçois de nombreux vols : je vais migrer au sud, car je n'ai plus avec moi d'habits chauds.

Allez, quelques photos d'Echo Lake :









Et ensuite, la météo, c'est plutôt ça :



... Pour la suite, je ne sais pas encore quels seront les prochains épisodes... qui vivra verra !

vendredi 22 septembre 2017

Jour 167 : Midpoint

19.09.2017 : 23,4 miles ou 37,65 kms


Lever de soleil...

Le trail a décidé de me faciliter le deuil de notre séparation. Il me fait comprendre que "l'hiver arrive". Il fait vraiment froid, et je suis persuadée que la neige n'est pas loin.

Je me met donc en route. Je renonce à faire du peak-hunting, aujourd'hui, car je dois faire au moins 20 miles. Car il y a peu d'eau sur le chemin, encore une fois. Le soleil est de la partie, mais chauffe peu.


Paysage de roches volcaniques...


On voit Mt Lassen au loin...


Bonne question : oui, ça paraît interminable !


En milieu d'après-midi, j'y arrive enfin. Ce n'est pas grand chose, ce marqueur, et il n'est en réalité pas au milieu de la marche que chacun accompli, mais se dire que toute cette marche n'est que la moitié du Pct... Je me demande quel effet ça fait aux thus les autres années.

Ensuite, c'est plus ou moins la course pour arriver au prochain point d'eau et de camp. Deux gars sympas m'y ont gardé une place, mais je décline l'offre : je vais tenter le rush, en espérant être à la route avant la nuit. 3 miles. Je fonce. Le paysage est magnifique et encore différent ici au fond de la vallée.



Soudain, c'est la route. La seconde voiture s'arrête. Heureusement, car il n' y en a peu, et la nuit est tombée avant que nous soyons à Chester. Heureusement, la femme qui s'est arrêtée est super sympa.

Il n'y a plus un seul lit de libre dans tout Chester. Me voilà condamnée à dormir sur ma terrasse de l'église luthérienne. Voilà encore une expérience typique hiker. La douche attendra.

jeudi 21 septembre 2017

Jour 166 : Stairway to heaven

18.09.2017 : 15,9 miles ou 25,6 kms

Après une magnifique nuit à la belle étoile, je me réveille avec une conscience aiguë que si je marche d'un pas décent, c'est l'avant dernier matin que je passe sur le trail. Donc, je prends mon temps pour émerger.

Ensuite, c'est la très longue montée vers la crête suivante. Car il me reste encore environ 3500 pieds d'altitude à gagner sur les 5000 de dénivelé au sortir de Belden. Et non, je ne fais plus vraiment de conversions. Mon organisme sait très exactement, depuis quelques semaines, ce que vaut un mile versus un kilomètre, un degré Fahrenheit ou cinq cent pieds de dénivelé.



Donc, c'est long, mais moins brutal que l'autre versant, plus graduel. Et c'est joli, pendant longtemps dans une vallée encaissée. Et il fait bien frais, ce qui m'évite d'avoir à porter de l'eau, vu que je suis de nouveau dans un coin où il faut faire attention à ça.





C'est une fois encore juste le genre d'environnement que je savoure. Par bien des aspects, la Californie du Nord me fait penser au désert : le sable, les crêtes, les conifères... mais sans la chaleur brutale !

J'arrive sur la crête. On est dans les nuages, une fois de plus. Et si j'ai beaucoup parlé des dégâts suivis par la forêt, il faut aussi mentionner la manière dont elle se régénère, et les nombreuses pépinières vues ces derniers temps.


Jeunes pousses...


Des forêts à perte de vue...

Vers la fin de la journée, un vent glacial se lève. Je ne suis pas très motivée par le premier lieu de camp possible, et je trouve que j'ai peu avancé, donc je poursuis. Bien m'en prends. Le petit coin que je trouve pour poser ma tente est juste à la bonne distance du bord de la crête pour être plus ou moins à l'abri des rafales. Ouf. D'autres hikers me diront qu'eux n'ont pas eu cette chance et que la condensation a givré à l'intérieur de leur tente. Pas cool !

mercredi 20 septembre 2017

Jour 165 : Belden

17.09.2017 : 17,2 miles ou 27,7 kms

Ce matin encore, il fait frais. La météo annonce 2 degrés au fond de la vallée... Ici ? Mon eau n'a pas gelé, c'est tout ce que je peux dire... J'apprécie néanmoins un magnifique lever de soleil, bien au chaud dans mon nid.



Aujourd'hui, il faut que je vous parle des écureuils. Ils sont les pipelettes de ces bois. Ailleurs, c'est souvent les geais bleus qui ont ce rôle, mais ici, dans ces forêts d'immenses conifères, on voit peu d'oiseaux. Et en filtrant mon eau, je prends le temps de bien observer. Les petits gris — il y en a tant d'espèces ! — montent dans les pins, qui font bien vingt mètres, en moyenne. Et ils font tomber les pives encore vertes pour pouvoir les décortiquer. On les vois redescendre de l'arbre et essayer de repèrer où peut bien être cette pive, qui parfois s'est brisée, vu la hauteur. Puis ils s'attellent au déplacement de la pive. C'est drôle, elle fait parfois le double de leur taille.


Et si par hasard je passe sur le trail à ce moment là, que la bestiole doive lâcher sa prise, elle va aller attendre mon passage un peu plus loin, hors de portée, mais je me fais souvent copieusement enguirlander.


Parfois, ils vous aboient dessus, pour ainsi dire, et parfois, comme celui-ci, ils frappent le tronc de leurs pattes, pour montrer à quel point ils sont impressionnants.


Et pour une fois que j'arrive à en photographier un, de geai bleu, en voici un, vu à Belden.

Belden a une réputation, sur le Pct, et ce, à plusieurs titres. Une des réputations, c'est que les descentes qui y mènent sont rudes. Et les montées aussi, pour en ressortir. Il n'est pas sur qu'un sens soit préférable à l'autre... Les deux sont violents, juste d'une manière différente.

Moi, je suis dans le sens : descente à casser les genoux. Court, 4 miles environ, mais extrêmement brutal. A tel point que le dois faire une pause à mi-chemin, malgré l'appel de l'estomac.

Une autre réputation est liée au fait que cet endroit est un lieu de rave-parties, que c'est un des endroits du trail où l'on peut voir "des gens plus mal en point que les hikers". Ceux que je verrais en ce dimanche après-midi n'ont pas l'air si mal en point, même si je vois un jeune homme, assez mignon, tout en noir, s'éloigner avec sur son sac à dos une veste pailletée rose bonbon.

Ensuite, il y a toute une controverse cette année : Belden est accueillant / les hikers ne sont pas bienvenus. Je vais donc observer. En fait, je m'offre un excellent
repas (même si j'en ai marre, marre, marre des hamburgers !) à un prix raisonnable, et avec un service décent.

En fin d'après-midi, je reprend mon chemin, qui va monter... Forcément !
Je vois d'abord un bébé à sonnette, tiens, ça faisait longtemps, qui doit être dans sa deuxième année, si c'est vrai qu'on peut connaître leur âge en comptant les anneaux de leurs clochettes. Puis, quelques mètres plus tard, un truc étrange... La forme et la taille du corps est celle d'un de nos lézards, mais sans pattes, et albinos. Et ce "truc" n'est pas très dégourdi, non plus. En fait, je suspecte fortement que c'est un serpent tout fraîchement sorti de l'œuf. Je suppose qu'il leur faut un petit moment pour se pigmenter.

Le soir arrive, et il y a très peu de lieux de camp possibles. Le trail est casse-figure, c'est de la rocaille mal dégrossie, à nuit tombe et ne n'ai plus de lampe de poche ! Je découvre le lieu de camp un peu à tâtons, qui n'était pas au bon endroit sur l'app. Il fait beau, je pose juste par mon Tywek par terre, ne monte pas de tente.

Je suis dans Lassen national forest. Je sais qu'il y a une histoire de bear canister, mais je n'ai pas étudié la question. Sans lampe et dormant à la belle, je dépose juste la bear box à côté de moi. Ma foi, si l'ours veut ma bouffe, il faudra qu'il vienne me faire une léchouille !

Jour 164 : Spanish peak

16.09.2017 : 9,5 miles sur le Pct + quelques autres...

J'ai de la peine à sortir des plumes ce matin, il fait frisquet ! De toute façon, pas la peine de se presser : je dois aller me ravitailler et ne sais ni où j'irai, ni combien de temps ça va prendre.

Une fois arrivée à la route qui mène d'un côté à Quincy, de l'autre à Bucks Lake, c'est le néant... aucune voiture alors que je m'attendais à autre chose pour un samedi matin. Je me met donc à marcher en direction de Bucks Lake, qui est à trois miles, tandis que Quincy, c'est douze.

Heureusement, une voiture passe qui raccourci un peu le trajet. Mais je dois quand même marcher encore un mile jusqu'au resto où je m'offre un bon petit déjeuner. Puis encore marcher jusqu'au magasin. Au retour, heureusement, un type sympa fait le détour jusqu'au trailhead exprès pour moi. Merci !

Ensuite, le Pct passe non loin du Spanish peak. Pour une fois que ce n'est pas un immense détour, je profite de faire ce petit peak hunting facile. Et là, la vue est superbe ! Je reste longtemps...



En fin d'après-midi, il faut bien que je me bouge, mais c'est difficile de marcher sans s'arrêter toutes les trente secondes pour prendre des photos. Je suis de nouveau des crêtes, souvent dégagées, et c'est juste magnifique. Je fantasme de louper mon avion de retour et de pouvoir me faire au moins l'entier de la Californie.






Je veux une île privée comme celle-ci !


Un lieu de camp sur un rebord... C'est juste qu'il ne faut pas se tromper de sens si on doit se lever au milieu de la nuit...!