mercredi 16 août 2017

Jour 133 : To Ebbets Pass

15.08.2017 : 8,3 miles ou 13,3 kms

Au réveil, je m'aperçois qu'un inopportun a rongé mon pee-rag ou torchon à pipi. Il n'y a pas d'autre dégât, mais quand même, il fallait être gonflé pour aller le chercher là où il était ! Je n'ai presque plus de batterie sur mon téléphone, plus de papier toilette, et voilà que mon autre pied se met à me faire souffrir le martyre.

J'avais envisagé de pousser d'une traite jusqu'à Kennedy Meadows North, mais là, une pause s'impose ! Je sortirai donc à Ebbets Pass pour me ravitailler à Markleyville, une bourgade minuscule à 6 miles du trail... à vol d'oiseau !





Je longe des formations rocheuses à couper le souffle.



En voilà un trail qu'il est bien marqué !

Il est difficile de décrire la motivation qui naît de la possibilité d'employer des toilettes plutôt que de creuser son propre trou, alors malgré la douleur et la chaleur étouffante, j'avance !

Une fois au col, je croise plusieurs cyclistes. Pour eux non plus ça n'a pas l'air facile. Il n'y a pas beaucoup de voitures, mais voici que s'arrête Will, un retraité qui se dirige vers l'Oregon pour voir l'éclipse. Il m'invite à me joindre à lui pour son road-trip, mais même si c'est tentant, j'ai encore envie de voir si mes pieds veulent bien fonctionner encore un peu. Après un délicieux repas sur la terrasse du petit bistro de Markleyville, il me dépose à South Lake Tahoe, où je me retrouve vite fait à l'auberge des hikers et autres jeunes voyageurs fauchés. Nous prenons un bon repas végétarien en commun, plutôt bien arrosé. Espérons que l'alcool soit vraiment l'anesthésiant miracle dont j'ai besoin !
Parce qu'il faut dire que ni la vitamine I, ni la marie-jeanne (légale, ici, et beaucoup employée par certains) ne m'emballent vraiment.

Jour 132 : Mokelumne wilderness

14.08.2017 : 15,7 miles ou 25,25 kms

Il souffle un vent inhabituel toute la nuit, et quand je monte en direction du *téton* le ciel est gris. Je garde longtemps une couche un peu chaude en marchant, ce qui n'arrive pas souvent. Le téton y ressemble peut-être en venant depuis le sud, mais de mon point de vue, c'est un roc à double pointe et il souffle suffisamment sur la crête pour que je sois contente que le vent souffle direction montagne.

Les nuages sont extraordinaires.









Un northbounder me dit avoir vu des ours ces deux derniers jours, mais je n'ai pas cette chance. J'aperçois l'équivalent local du chamois, des biches et toujours des douzaines d'espèces d'oiseaux, et parfois je regrette de ne pas avoir de quoi identifier la faune et la flore locales. Mais de toute façon, l'appareil photo de mon téléphone ne me permet pas de faire des clichés suffisamment bons pour qui je puisse m'y intéresser plus tard, et certaines espèces semblent timides. On peut les observer longtemps à l'œil nu, mais dès qu'on sort l'objectif, elles se carapatent.



En début d'après-midi, j'entre dans Mokelumne wilderness. Là, c'est la géologie qui devient exceptionnelle.


Des couches de terres et de sables de toutes les couleurs se succèdent.

À nouveau, la géologie et le terrain accidenté ne favorisent pas l'établissement du camp. Je me traîne jusqu'à une crête boisée où je trouve un terrain adapté. Visiblement, je ne suis pas là seule à avoir employé cet endroit. Il y a des restes de repas. Végétarien. Ours, rongeurs ?

Carson's pass trail-magic!

13.08.2017 : 14,5 miles ou 23,3 kms

Ce matin je suis assez rapidement à Showers Lake, qui est apparemment une destination très prisée des randonneurs du dimanche, qui viennent tous admirer les prairies en fleurs. Avec leurs chiens ! Rappel, si cela avait été nécessaire, de toujours bien filtrer son eau.






La petite maison dans la prairie...

La descente sur Carson's pass est laborieuse, mais la motivation d'y arriver demeure, car le centre d'information est connu pour offrir des fruits frais aux thrus. Et des sodas ! Mais ils n'ont pas d'électricité, et je vais être un peu court ces prochains jours avec mon téléphone. Il va falloir être économe.

Dean, l'un des volontaire du centre, planifie de se faire un thru-hike l'année prochaine. Je recroise des hikers qui ont fait du flip-flop. On laisse passer la chaleur de l'après-midi, puis il est temps de repartir.

Propulsée par le sucre et la caféine, la montée vers Elephant's back est facile, et il y a beaucoup moins de monde dès que le décor se fait plus austère.

Je campe dans un petit canyon. Les lieux où poser une tente sont parfois assez rares, vu le nombre d'arbres renversés.


Vue de mon sac de couchage...

samedi 12 août 2017

Jour 130 : Bateau-taxi!

12.05.2017 : 11,1 miles ou 17,8 kms

Ce matin me voit en bien meilleure forme. Je fantasme sur le hamburger que j'espère m'envoyer en arrivant à Echo Lake Chalet.

Du coup, je dégringole le chemin si vite que je loupe un embranchement. Il y a tellement de petits lacs et autant de trails qu'il est facile de louper le Pct. J'y retourne pourtant assez facilement et rapidement.


Aloha lake de bon matin...

Puis c'est la descente sur Echo Lake.


Encore de la caillasse ! Pff...

À Echo lake, je m'offre le luxe du bateau-taxi, ce qui m'economise 2,6 miles du Pct.


Le ponton du bateau-taxi.


La traversée est superbe. Echo lakes, ce sont deux lacs communiquants par un étroit chenal. Et quand je vois les hordes de randonneurs du week-end qui remontent le trail à la queue-leu-leu, je n'ai vraiment aucun remord.

À l'arrivée à Echo Lake Chalet, c'est noir de monde. Et pas de hamburger ! Je me rabats sur un hot-dog, ma foi, c'est mieux que rien. Et comme je voudrais plus que tout éviter de me retrouver à South Lake Tahoe aujourd'hui, ville super touristique, super chère et pas pratique du tout quand on est à pied, je fais mon ravitaillement là, au deli du chalet. Un peu cher, mais beaucoup moins que si j'allais en ville et y restais pour la nuit.

Après le départ des familles, j'aperçois un visage familier. C'est Chairman ! Après avoir constaté l'état de l'enneigement général, il est rentré chez lui 6 semaines pour donner à celle-ci le temps de fondre, quitte à ne pas arriver au Canada cette année. C'est vrai que c'est plus pratique quand on est à la retraite et qu'on habite à côté du trail.
Nous nous buvons une ou deux bières, et quand nous nous quittons, je suis toute remotivée. Il faut dire que j'appréhendais d'arriver un peu tard dans la Sierra, en allant vers le Sud.

Est-ce l'alcool ou est-ce le sucre, je m'élance d'un bon pas pour m'éloigner de South Lake Tahoe.



Il y a une bonne grimpette, mais la vue en arrivant en haut est une belle récompense. Je m'arrête tôt, contente de ma journée et surtout d'avoir évité la ville. Si j'envisage d'abord de dormir à la belle, je change vite d'avis. Il fait frisquet, et je dois même sortir ma doudoune, pour la première fois depuis mon retour sur le trail. C'est là que je réalise soudain que je suis à 2600 mètres. Je n'avais rien vu venir !

Jour 129 : Dicks pass

11.08.2017 : 9 miles ou 14,5 kms

Grasse mat ! Ça fait du bien... Je ne sais pas si c'est mon organisme qui vient de prendre acte du décalage horaire, ou je ne sais quoi encore, impossible de se lever au point du jour aujourd'hui...



C'est d'ailleurs si beau que je suis tentée de faire un zéro ici, juste pour le plaisir d'être dans ce bel endroit. Mais même si c'est superbe, je finis par me bouger, me rappelant que d'ici quelques heures, avec tout ce granit, ce sera une vraie fournaise.


Que d'eau...

Direction Dicks Pass aujourd'hui, à environ 2800 mètres. J'y vais tranquillement le sol sablonneux est agréable sous les pieds. Il reste quelques plaques de neige éparses, mais ça n'a vraiment plus grand chose à voir avec ce que c'était il y a deux mois. Je ne dois sortir le téléphone pour naviguer qu'une seule fois.


Le panorama depuis en haut est juste magnifique...

Part contre, la descente, c'est que chose : de la caillasse casse-cheville et attisant la fournaise. Je me rappelle soudain pourquoi je n'aime pas randonner en août dans les Alpes. Je me demande ce que je fiche sur ce Pct, et je me prend même (ceux qui me connaissent, s'il vous plaît, asseyez-vous, je ne voudrais pas que vous vous fassiez mal en tombant à la renverse en lisant ce qui va suivre) à regretter de ne pas avoir écouté mon médecin qui ne voulait pas que je remette un pied sur le trail avant début septembre.

Heureusement, je me fait une méga-pause les pieds dans les eaux de Gilmore Lake.


Gilmore lake, difficile d'y résister...

Ça aide pour la douleur, mais pas pour l'énergie, et je continue à me traîner dans la descente, malgré la beauté incroyable des paysages. Que de lacs !

Je jette l'éponge près de Heather Lake, après à peine 9 miles. Mais tant pis. Puis après un bon repas... eureka ! Cette faiblesse, ça pourrait bien être la faim du hiker qui revient, sauf que cette fois mon corps semble avoir compris plus vite de quoi il retourne ! Je me promets d'augmenter les protéines (et les sucres, hurle mon organisme) au prochain ravitaillement. Celui-ci en manquait quelque peu, et mon estomac ne veut plus entendre parler de trail-mix. Heureusement que c'est pour demain !

vendredi 11 août 2017

Jour 128 : Desolation wilderness

10.08.2017 : 16,1 miles ou 25,9 kms

Ce matin je m'accorde de contempler la vue encore un moment. Puisque de toute façon, entre la neige, mes blessures et autres aléas, je n'aurais pas fais un vrai thru-hike, je décide de prendre les choses comme elles viennent et de voir où me portera le vent. Le chemin pourvoira, de toute façon.

Comme il fait frais, j'avale les kilomètres. Presque 10 miles avant midi, malgré une cheville faiblarde, je profite de ma veine, sachant que de toute façon mes après-midis sont souvent plus difficiles.


Arbres moussus,


prairies exubérantes,


le Pct suit ici le Tahoe Rim trail.

L'après-midi est plus chaud, et les mosquitos se mêlent de la partie, damned !
Et Desolation Wilderness mérite plutôt bien son nom. C'est beau, mais que d'arbres couchés en travers du trail ! On arrête pas de louvoyer...


Un écureuil a pris la pose, sur cette image. Et quelques arbres sont encore debout...

Je discute un long moment avec Athis, qui à 45 ans a pris sa retraite et se balade sur le trail. Où est-ce ce manière de vivre économiquement ? Difficile à dire...

J'atteins péniblement mon but de la journée, Middle Velma Lake, mais que de beauté ! Magnifique endroit pour camper. Je ne suis pas là seule à avoir eu cette idée, et les places sont limitées, mais je m'en trouve une assez abritée du vent qui se lève.


Mon abri ce soir. Avec le Bear truc. En l'ouvrant je remarque des griffures sur le couvercle. Aurait-il attiré l'attention d'un importun cette nuit ?


Middle Velma Lake

mercredi 9 août 2017

Jour 127 : Alpine meadow

09.08.2017 : 15,1 miles ou 24,3 kms

Ce matin, j'ai soudain une conscience claire et aiguë de tout ce que je ne veux pas vivre sur le trail, et cela me fait penser que l'on ne parle pas assez des raisons qui incitent les gens à arrêter... mais bon, cette dissertation là, ce sera pour une autre fois.


Un joli petit bonzai près du camp...

Ce matin, le paysage est alpin, comme l'indique le nom de la station de ski que nous passons dans la journée.


C'est juste comme à la maison... mais qu'est-ce que je fous là ?


Allez, encore un peu de sauvagitude !

Heureusement, l'après-midi rattrape un peu tout ça, et les pics déchiquetés de Granite Chief wilderness offrent quelques beaux clichés.





Et toujours, au loin, cette immense baignoire :


Le lac Tahoe...