mercredi 1 novembre 2017

Post-PCT : petit bilan

« Le mode le meilleur de voyager est de se perdre, d’abandonner les schèmes et les fantasmes. Le mode le meilleur d’oublier est d’aller loin, y compris du temps, de remplir son propre silence » Marco Steiner

La moitié. À une amie qui s’inquiétait que je ne voie le fait de n’avoir fait « que » la moitié du PCT comme un échec, j’ai répondu qu’il valait mieux voir cela comme une demi-réussite. Oui, je préférerai pouvoir dire que j’ai fait la totalité. Mais d’une part, je sais que j’ai fait du mieux que j’ai pu étant donné les circonstances – météo, blessure, timing – et d’autre part, l’avantage de n’avoir pas terminé, c’est que c’est une excellente excuse pour y retourner ! À un pote qui me faisais remarquer que j’avais déjà fais plus de miles que tous ceux qui ont bâché déjà dans le désert, j’aurai pu répondre que je ne crois pas utile de se comparer avec la queue du peloton. Je préfère marcher au défi, c’est bien plus motivant !

Cependant, au final, ce qui compte, ce n’est pas vraiment le nombre de miles. Et aller marcher sur le PCT ne devrait pas être qu’un but en soi, parce que si l’idée c’est seulement de marcher 4300 kms dans l’année, autant faire n/jour le tour de son périph, le résultat est le même. Il me semble que le voyage, tout voyage, devrait d’abord être un moyen, un moyen de toucher à, ou de devenir autre chose que la somme des habitudes accumulées dans la répétition d’un quotidien empli des croyances de la société dans laquelle on se trouve, quelle qu’elle soit. Et de ce point de vue, le PCT m’a apporté ce dont j’avais besoin. L’intention annexe à l’achèvement de ces 2660 miles s’est réalisée et c’est ce qui compte principalement pour moi.



Et dans cette aventure il y a deux choses qu’on entend régulièrement sur le trail et que j’ai découvertes être absolument vraies.

La première est The trail provides. Le chemin pourvoit. C’est vrai pour le chemin, par exemple quand j’ai trouvé un tyvek flambant neuf dans la hiker box de Kennedy Meadows. Si on arrive à voir que le chemin est une allégorie pour la vie, on se rend compte que c’est vrai aussi à une échelle plus vaste. Ce chemin ou un autre fournissent d’excellentes occasions de se débarrasser une fois pour toutes des croyances limitantes dont on nous gave au quotidien.

La seconde est Ultimately, it’s all about the people. Ultimement, ce qui compte c’est les gens. C’est vraiment très américain comme manière de penser, et ils sont parfois très touchants tant les destins individuels les émeuvent. Mais c’est vrai, les rencontres faites sur et autour du PCT sont réellement extraordinaires. J’ai rencontré beaucoup de gens dont j’espère conserver l’amitié durablement. C’est d’ailleurs une des réflexions qui revient dans de nombreux blogs de hikers : la générosité et la gentillesse des gens gravitant autour du trail, par exemple les trail-angels, est de nature à vous réconcilier avec l’humanité.

Bien entendu, il y a quelques trucs que je ferai différemment si c’était à refaire, notamment du point de vue administratif. Je serais probablement plus radicale dans ma manière de quitter l’Europe, ne serait-ce que pour échapper au diktat des assurances-maladies (rien que le nom, d’ailleurs, il y a quelque chose à dire ! Si c'était une assurance santé, le concept serait différent, mais bon), dont les restrictions m’ont valu quelques déconvenues. 

A part cela, j'en retire que la meilleures stratégie est sans doute celle de Yippie, qui affirme avoir construit sa vie professionnelle autour de son envie de voyager, plutôt que de devoir se restreindre à ne voyager que le mois autorisé par an. Et là, c’est à chacun d’être créatif !

Mais si le voyage c'est de se perdre, il devrait aussi permettre de se retrouver. Et à l'heure où beaucoup de hikers se parlent sur les réseaux sociaux pour éviter la dépression post-trail, avoir l'impression qu'on a acquis quelque chose de durable et que ce n'était pas juste une fuite en avant, c'est assez rassurant. C'est un peu la différence entre Wild et Into the Wild, quoi. Car même si le premier est une daube incommensurable, je peux l'employer pour illustrer mon propos. C'est affligeant, dès qu'on parle de PCT, la réaction de beaucoup de gens, c'est tout de suite... "ah, comme le film, là...?" Oui, ben dans "le film là...", après le PCT, elle s'est construit une vie qui vaut la peine d’être vécue, semble-il. C'est toujours ça. 







jeudi 19 octobre 2017

Post-PCT : quelques chiffres

S’il y a quelque chose que je n’aime pas, c’est faire des statistiques, mais en fait, après le trail, on a envie de pouvoir donner quelques chiffres qui expriment l’amplitude du chemin parcouru.


Donc après quelques calculs, voilà ce que cela donne :

Départ de Campo : 05 avril 2017

Arrivée à Chester/PCT-Mid point : 19 septembre 2017

Nombre de zéros : 15 (plus 58 jours ou 8 semaines d’arrêt blessure)

Nombre de néros : 10

Nombre de jours de marche de plus de 10 miles : 87

Plus longue distance : 23,4 miles ou 37,65 kms

Total des miles du PCT parcourus : 1266,1 ou 2037,6 kms

Miles manqués pour avoir un chemin continu sur cette partie : 63 ou 101,38 kms

Miles du PCT parcourus à double : 22,3 ou 35,9 kms

Miles parcourus hors-PCT = Whitney, OCT, etc (approximation) : 61,4 ou 98,8 kms

Total des miles parcourus aux States (approx): 1351,2 ou 2174,5 kms


Dénivelé sur le PCT sections Californiennes A à M :

Dénivelé positif : 239'707 pieds ou 73'062 mètres

Dénivelé négatif : 240’360 pieds ou 73'262 mètres

Pour résumer : le Pct, ça vous fait les pieds !

dimanche 24 septembre 2017

Jour 169 : et... voilà la neige!

12.09.2017 : 5 miles environ

À Chester, j'ai quitté le trail. Cela a été rendu un tout petit peu plus facile de par le fait que je n'étais pas seule dans ce cas. Le jeune homme qui dormait aussi derrière l'église avait fait une moitié du Pct l'année dernière, avait du arrêter pour cause de facture de stress, et il a complété le chemin cette année. Nous nous levons avant le jour pour attraper le bus, pour aller prendre lui son avion et moi une voiture de location.

Vu que mon projet est de faire certains des miles que j'ai sauté, je me dirige vers South Lake Tahoe. Et là, il s'est mis à neiger. J'ai juste eu le temps de finir les miles d'Echo lake. À certains endroits, il est tombé un pied, paraît-il. Ça compromet aussi mon projet de refaire le Whitney. Bon si on regarde les choses du bon côté, ça fait plein de raisons de revenir. Et moi je vais faire comme les oies dont j'aperçois de nombreux vols : je vais migrer au sud, car je n'ai plus avec moi d'habits chauds.

Allez, quelques photos d'Echo Lake :









Et ensuite, la météo, c'est plutôt ça :



... Pour la suite, je ne sais pas encore quels seront les prochains épisodes... qui vivra verra !

vendredi 22 septembre 2017

Jour 167 : Midpoint

19.09.2017 : 23,4 miles ou 37,65 kms


Lever de soleil...

Le trail a décidé de me faciliter le deuil de notre séparation. Il me fait comprendre que "l'hiver arrive". Il fait vraiment froid, et je suis persuadée que la neige n'est pas loin.

Je me met donc en route. Je renonce à faire du peak-hunting, aujourd'hui, car je dois faire au moins 20 miles. Car il y a peu d'eau sur le chemin, encore une fois. Le soleil est de la partie, mais chauffe peu.


Paysage de roches volcaniques...


On voit Mt Lassen au loin...


Bonne question : oui, ça paraît interminable !


En milieu d'après-midi, j'y arrive enfin. Ce n'est pas grand chose, ce marqueur, et il n'est en réalité pas au milieu de la marche que chacun accompli, mais se dire que toute cette marche n'est que la moitié du Pct... Je me demande quel effet ça fait aux thus les autres années.

Ensuite, c'est plus ou moins la course pour arriver au prochain point d'eau et de camp. Deux gars sympas m'y ont gardé une place, mais je décline l'offre : je vais tenter le rush, en espérant être à la route avant la nuit. 3 miles. Je fonce. Le paysage est magnifique et encore différent ici au fond de la vallée.



Soudain, c'est la route. La seconde voiture s'arrête. Heureusement, car il n' y en a peu, et la nuit est tombée avant que nous soyons à Chester. Heureusement, la femme qui s'est arrêtée est super sympa.

Il n'y a plus un seul lit de libre dans tout Chester. Me voilà condamnée à dormir sur ma terrasse de l'église luthérienne. Voilà encore une expérience typique hiker. La douche attendra.

jeudi 21 septembre 2017

Jour 166 : Stairway to heaven

18.09.2017 : 15,9 miles ou 25,6 kms

Après une magnifique nuit à la belle étoile, je me réveille avec une conscience aiguë que si je marche d'un pas décent, c'est l'avant dernier matin que je passe sur le trail. Donc, je prends mon temps pour émerger.

Ensuite, c'est la très longue montée vers la crête suivante. Car il me reste encore environ 3500 pieds d'altitude à gagner sur les 5000 de dénivelé au sortir de Belden. Et non, je ne fais plus vraiment de conversions. Mon organisme sait très exactement, depuis quelques semaines, ce que vaut un mile versus un kilomètre, un degré Fahrenheit ou cinq cent pieds de dénivelé.



Donc, c'est long, mais moins brutal que l'autre versant, plus graduel. Et c'est joli, pendant longtemps dans une vallée encaissée. Et il fait bien frais, ce qui m'évite d'avoir à porter de l'eau, vu que je suis de nouveau dans un coin où il faut faire attention à ça.





C'est une fois encore juste le genre d'environnement que je savoure. Par bien des aspects, la Californie du Nord me fait penser au désert : le sable, les crêtes, les conifères... mais sans la chaleur brutale !

J'arrive sur la crête. On est dans les nuages, une fois de plus. Et si j'ai beaucoup parlé des dégâts suivis par la forêt, il faut aussi mentionner la manière dont elle se régénère, et les nombreuses pépinières vues ces derniers temps.


Jeunes pousses...


Des forêts à perte de vue...

Vers la fin de la journée, un vent glacial se lève. Je ne suis pas très motivée par le premier lieu de camp possible, et je trouve que j'ai peu avancé, donc je poursuis. Bien m'en prends. Le petit coin que je trouve pour poser ma tente est juste à la bonne distance du bord de la crête pour être plus ou moins à l'abri des rafales. Ouf. D'autres hikers me diront qu'eux n'ont pas eu cette chance et que la condensation a givré à l'intérieur de leur tente. Pas cool !

mercredi 20 septembre 2017

Jour 165 : Belden

17.09.2017 : 17,2 miles ou 27,7 kms

Ce matin encore, il fait frais. La météo annonce 2 degrés au fond de la vallée... Ici ? Mon eau n'a pas gelé, c'est tout ce que je peux dire... J'apprécie néanmoins un magnifique lever de soleil, bien au chaud dans mon nid.



Aujourd'hui, il faut que je vous parle des écureuils. Ils sont les pipelettes de ces bois. Ailleurs, c'est souvent les geais bleus qui ont ce rôle, mais ici, dans ces forêts d'immenses conifères, on voit peu d'oiseaux. Et en filtrant mon eau, je prends le temps de bien observer. Les petits gris — il y en a tant d'espèces ! — montent dans les pins, qui font bien vingt mètres, en moyenne. Et ils font tomber les pives encore vertes pour pouvoir les décortiquer. On les vois redescendre de l'arbre et essayer de repèrer où peut bien être cette pive, qui parfois s'est brisée, vu la hauteur. Puis ils s'attellent au déplacement de la pive. C'est drôle, elle fait parfois le double de leur taille.


Et si par hasard je passe sur le trail à ce moment là, que la bestiole doive lâcher sa prise, elle va aller attendre mon passage un peu plus loin, hors de portée, mais je me fais souvent copieusement enguirlander.


Parfois, ils vous aboient dessus, pour ainsi dire, et parfois, comme celui-ci, ils frappent le tronc de leurs pattes, pour montrer à quel point ils sont impressionnants.


Et pour une fois que j'arrive à en photographier un, de geai bleu, en voici un, vu à Belden.

Belden a une réputation, sur le Pct, et ce, à plusieurs titres. Une des réputations, c'est que les descentes qui y mènent sont rudes. Et les montées aussi, pour en ressortir. Il n'est pas sur qu'un sens soit préférable à l'autre... Les deux sont violents, juste d'une manière différente.

Moi, je suis dans le sens : descente à casser les genoux. Court, 4 miles environ, mais extrêmement brutal. A tel point que le dois faire une pause à mi-chemin, malgré l'appel de l'estomac.

Une autre réputation est liée au fait que cet endroit est un lieu de rave-parties, que c'est un des endroits du trail où l'on peut voir "des gens plus mal en point que les hikers". Ceux que je verrais en ce dimanche après-midi n'ont pas l'air si mal en point, même si je vois un jeune homme, assez mignon, tout en noir, s'éloigner avec sur son sac à dos une veste pailletée rose bonbon.

Ensuite, il y a toute une controverse cette année : Belden est accueillant / les hikers ne sont pas bienvenus. Je vais donc observer. En fait, je m'offre un excellent
repas (même si j'en ai marre, marre, marre des hamburgers !) à un prix raisonnable, et avec un service décent.

En fin d'après-midi, je reprend mon chemin, qui va monter... Forcément !
Je vois d'abord un bébé à sonnette, tiens, ça faisait longtemps, qui doit être dans sa deuxième année, si c'est vrai qu'on peut connaître leur âge en comptant les anneaux de leurs clochettes. Puis, quelques mètres plus tard, un truc étrange... La forme et la taille du corps est celle d'un de nos lézards, mais sans pattes, et albinos. Et ce "truc" n'est pas très dégourdi, non plus. En fait, je suspecte fortement que c'est un serpent tout fraîchement sorti de l'œuf. Je suppose qu'il leur faut un petit moment pour se pigmenter.

Le soir arrive, et il y a très peu de lieux de camp possibles. Le trail est casse-figure, c'est de la rocaille mal dégrossie, à nuit tombe et ne n'ai plus de lampe de poche ! Je découvre le lieu de camp un peu à tâtons, qui n'était pas au bon endroit sur l'app. Il fait beau, je pose juste par mon Tywek par terre, ne monte pas de tente.

Je suis dans Lassen national forest. Je sais qu'il y a une histoire de bear canister, mais je n'ai pas étudié la question. Sans lampe et dormant à la belle, je dépose juste la bear box à côté de moi. Ma foi, si l'ours veut ma bouffe, il faudra qu'il vienne me faire une léchouille !

Jour 164 : Spanish peak

16.09.2017 : 9,5 miles sur le Pct + quelques autres...

J'ai de la peine à sortir des plumes ce matin, il fait frisquet ! De toute façon, pas la peine de se presser : je dois aller me ravitailler et ne sais ni où j'irai, ni combien de temps ça va prendre.

Une fois arrivée à la route qui mène d'un côté à Quincy, de l'autre à Bucks Lake, c'est le néant... aucune voiture alors que je m'attendais à autre chose pour un samedi matin. Je me met donc à marcher en direction de Bucks Lake, qui est à trois miles, tandis que Quincy, c'est douze.

Heureusement, une voiture passe qui raccourci un peu le trajet. Mais je dois quand même marcher encore un mile jusqu'au resto où je m'offre un bon petit déjeuner. Puis encore marcher jusqu'au magasin. Au retour, heureusement, un type sympa fait le détour jusqu'au trailhead exprès pour moi. Merci !

Ensuite, le Pct passe non loin du Spanish peak. Pour une fois que ce n'est pas un immense détour, je profite de faire ce petit peak hunting facile. Et là, la vue est superbe ! Je reste longtemps...



En fin d'après-midi, il faut bien que je me bouge, mais c'est difficile de marcher sans s'arrêter toutes les trente secondes pour prendre des photos. Je suis de nouveau des crêtes, souvent dégagées, et c'est juste magnifique. Je fantasme de louper mon avion de retour et de pouvoir me faire au moins l'entier de la Californie.






Je veux une île privée comme celle-ci !


Un lieu de camp sur un rebord... C'est juste qu'il ne faut pas se tromper de sens si on doit se lever au milieu de la nuit...!

dimanche 17 septembre 2017

Jour 163 : Plumes

15.09.2017 : 19,7 miles ou 31,7 kms

Ce matin, dans la décente en direction de la rivière Feathers, je rencontre les trois suisses dont on m'avait parlé. Ça fait du bien de voir de nouveau régulièrement des thrus. Cette année, vu la météo, aller du nord au sud était sans aucun doute le meilleur choix.


La rivière Feathers / Plumas national forest

Par contre, comme je descend en dessous de 4000 pieds d'altitude, qui revoilà ? Les mouches, ces petites mouches noires qui visent les yeux et les narines. J'essaie de rester zen un moment, puis je craque et sort le filet anti-moustique.

À ma surprise, cette montée de plusieurs milliers de pieds est finalement facile. Toujours sur le principe de la pente faible qui dure longtemps, ça passe tout seul.


En haut, j'atteins Lookout rock. Le rocher point de vue.


Puis un peu plus loin, c'est un trail-magic totalement inattendu et parfaitement génial, là au milieu de nulle part : une caisse de livres. Je m'autorise à en prendre un puisque cela fait longtemps que je n'ai porté de superflu et que je suis bientôt au bout de mon voyage. The Inheritance of Loss, de Kiran Desai. Déjà, le titre me parle totalement, et de plus j'ai toujours aimé l'écriture incroyablement fine et poétique des auteurs indiens anglophones.

Lorsque j'atteins la route qui même à Bucks Lake, pas de voiture. J'attends un quart d'heure, vingt minutes, pas une seule voiture. La nuit va tomber, alors je me remet en chemin. J'ai encore juste le temps de faire de l'eau et de trouver un minuscule endroit où poser ma tente, sur une crête.
Et là, la seule fois où j'en ai besoin, zut ! Ma lampe de poche a disparu ! Elle a du tomber de mon sac lorsque j'ai sorti le filet à moustiques. Cela me chagrine, non parce que j'en ai un besoin impérieux, mais parce que de tout ce que je transporte, c'est sans doute ce que j'ai de plus polluant, à cause de piles. J'espère que quelque la trouvera et la ramassera.

Je me couche de fort méchante humeur. Je crois que la perspective de mon prochain retour en Europe ne m'enchante guère.

samedi 16 septembre 2017

Jour 162 : un boa ?

14.08.2017 : 19,1 mile ou 30,7 kms

Hier soir de nouveau, à la nuit tombée, quatre southbounders sont venus s'installer à côté de moi. Certains avaient un matelas néoair, pff. Et ils sont encore plus matinaux que les précédents. Mais moi, ce matin, je m'offre un tout de même bon café avant de partir...

C'est une longue montée en direction de la prochaine crête, et celle-ci est... dans les nuages !





Je croise Froggy, qui, entre d'autres informations intéressantes me sermonne : on ne dit pas les Sierras, mais la Sierra, au singulier ! Bien monsieur Froggy... Ça a l'air important pour ce natif de Californie !

Ce n'est qu'en milieu d'après-midi que le ciel se découvre. Ce qui n'est pas forcément un mal, on avance plutôt mieux quand il fait frais. Plus tard, je croise un type qui me dit : attention, dans cent mètres, il y a un boa sur le trail. Je suis suffisamment interloquée et dubitative pour qu'il doive répéter trois fois. Mais il a l'air mortellement sérieux. Oui, ils sont extrêmement rares, me dit-il, c'est une chance unique ! Bon, j'ai vu toutes sortes de serpents, ces derniers jours, puisqu'on est plus dans la Sierra. Toutes sortes, sauf ceux avec les grelots. Et pour être honnête, je ne tiens pas tant que ça a en voir un, sur le trail, de plus. Je les préfère nettement avec une distance de sécurité, disons un mètre cinquante ? Bon, de toute façon, toute cette pub a rendu monsieur le boa timide, et je n'en vois pas trace.


Juste pour donner une idée de la taille des pives, et ces jours elles sont en train de tomber. Ça fait un bruit d'enfer, et on a chaque fois l'impression qu'un cerf va débouler du fourré !

Le trail n'est pas en très bon état : il y a un nombre impressionnant d'arbres en travers, y compris de très très grands.

Ce soir, je campe avec trois randonneuses qui se font un tour de quatre-cinq jours. Super sympa, elles me donnent de la nourriture et Mary son numéro de téléphone au cas où j'aurais besoin de quoi que ce soit en arrivant à Chester. Ça c'est sympa !

Jour 161 : jusqu'à la source du piège à l'ours...

13.09.2017 : 17,9 miles ou 28,8 kms

La club des six est debout à six heures, et du coup, moi aussi. Ils ont du mettre un réveil, ma parole, ils sont incroyablement synchro! Et du coup, nous avons droit à un magnifique lever de soleil, et tout le monde est prêt à partir à sept heures, moi y compris.



Ensuite, c'est le chemin des crêtes, à nouveau ! Quel plaisir ! Pas trop de dénivelé, et on longe les arêtes une fois à l'est, une fois à l'ouest. C'est super agréable, et le plaisir revient.



Et ce matin... des sonnailles ! Il y a des vaches qui pâturent par là. Le gibier est aussi beaucoup plus timide, mais on le comprend : il y a pas mal d'habitations dans les environs, et pour ne pas changer, il y a encore des coups feu pendant des heures ce matin.


On voit beaucoup de petits lacs, en contrebas.

Je croise plusieurs southbounders, et ils me demandent tous comment est le terrain pour la suite. La Californie du Nord est rude dans les deux sens...


Cette journée ne serait pas complète si il ne se mettait pas à pleuvoir et à tonner juste au moment où j'arrive au Mc Rae Ridge.

Ensuite, c'est une descente un peu raide jusqu'à une vallée verdoyante, que je longe encore un ou deux miles avant de monter le camp.


Un autre truc que j'aime bien dans la région, c'est que toutes les sources sont indiquées. Celle-ci sera aussi mon lieu de camp.

mercredi 13 septembre 2017

Jour 160 : sortir de Sierra City !

12.09.2017 : 10,8 miles de Pct ou 17,4 kms

La montée pour sortir de Sierra City est connue pour être rude. Je ne suis pas super en forme, ni super motivée, mais de toute façon, il n'y a rien à faire de plus dans ce patelin. Donc, je m'en vais... en marchant le long de la route, je n'ai même pas la motivation de faire du stop. Le Pct n'est pas loin, heureusement, et le soleil se couvre pour la montée dans les premiers lacets, dans la forêt. Bien entendu, il pleut par moments et il tonne tout l'après-midi autour de Sierra Buttes.









Il y a des choses que je préfère à être sur une arrête sans végétation en montagne par temps d'orage, mais bon, même à ça, on s'y fait. Surtout si l'alternative est de cuire au soleil. Mais bien sûr, dans la montée sans végétation où les cailloux font four, là il fait soleil et il pleut en même temps, histoire de faire sauna !

Aujourd'hui encore, je vois des dizaines de mini lézards. Ils font tous cinq à six centimètres. Deux mois ?

Mais c'est long, et je me prends à penser que vu que mon vol pour l'Europe est dans deux semaines je pourrais m'offrir des vacances à la plage, ou un festival... car il y en a un qui me tente bien, ces jours.



Puis je passe le marqueur des 1200 miles. Et bien que j'aie manqué quelques miles par-ci, par là, cette fois ci, je peux vraiment prétendre avoir fait 1200 miles : j'en ai fait à double et j'en ai fait ailleurs suffisamment. Ça me rebooste un peu pour continuer. Ce marqueur de la moitié n'est plus si loin, n'est-ce pas ?

Et quand j'ai finalement monté le camp, c'est là que le ciel s'éclaircit plus ou moins. A la tombée de la nuit arrivent six southbounders. L'un d'eux a une Big Agnes avec les guirlandes de led. C'est Noël avant l'heure !

lundi 11 septembre 2017

Jour 159 : Zéro forcé à Sierra City

11.09.2017 : 0

Impossible de se lever ce matin, fièvre et mal de caillou carabiné... Bon, on va faire un zéro, il y a pire comme endroit.









On peut choisir entre dormir dedans ou dehors, et je somnole tout l'après midi dans un hamac à l'ombre...demain cela ira mieux, sans doute !

Jour 158 : Malade

10.09.2017 : 15,4 miles ou 24,8 kms

Me réveille avec manifestement de la fièvre et un mal de tête carabiné. Ai-je pris froid ? Eu trop chaud ? L'eau du ruisseau de hier était-elle douteuse ? Piqûre de tique ? Impossible à dire... De toute façon, comme je ne suis pas près d'une source d'eau, il faut que je lève le camp.

Je titube plus que je ne marche le long des 15 miles de descente jusqu'à Sierra City. Et je perds 4000 pieds d'altitude dans la journée... Quelle chaleur, en bas !









Heureusement, une grande partie du trail est dans la forêt, car là où il ne l'est pas, c'est le four !

Tout est fermé à Sierra City, population 225, le dimanche soir. Mais au B&B, un charmant jeune hiker m'accueille en me faisant à manger... Ça c'est sympa !