dimanche 11 juin 2017

Jour 65: Over Forrester Pass

09.06.2017 : 14,1 miles ou 22,7 kms

La journée commence par une nouvelle mésentente avec Romana, que je surprend à me mentir comme un arracheur de dent, chose dont j'ai une profonde horreur. Je pense au livre de Véronique Girard-Madoux "Trail Magic" et me demande ce que j'ai fait pour que moi aussi je doive traverser la Sierra avec quelqu'un d'imbuvable...

À part ça, la première action de la journée c'est de traverser Wallace Creek, plus basse ce matin que hier soir. Je m'y lance en crocs. De l'eau glacée jusqu'au genoux à 6h du matin, ça réveille ! Heureusement, il y a deux sympathiques couples américains qui font le même trajet que nous aujourd'hui. Ce sont Chasing freedom et Hipbelt & Humble et Ocean spray. Tous ont fait l'AT il y a quelques années et j'apprends pleins de trucs utiles. Par exemple, que la couleur rouge de la neige est due à une algue et signale les endroits où il y a de l'eau dessous, donc potentiellement danger de passer à travers. Ou que si on est pas sûr que son filtre fonctionne comme il faut, par exemple à cause du gel, on peut filtrer du Gatorade rouge. Si la Gatorade ressort claire et transparente, le filtre est bon !

La seconde traversée de rivière est plus rocambolesque. Le pont de neige qui permettait de traverser a dû s'effondrer récemment. Les avis sur la stratégie à suivre divergent. Nous remontons donc la rivière et traversons peut-être un demi-mile plus haut. Cette fois, je me lance en chaussettes. De toute façon, mouillé pour mouillé, ça ne change plus grand chose, mais je n'arrive pas encore à faire comme certains qui y vont allègrement avec leurs souliers.

Après avoir franchi cette rivière, c'est la longue montée sur le point appelé l'approche de Forrester Pass. Pas longue en miles, mais en effort. Pas de chemin, juste des centaines ou des milliers de suncups plus ou moins profondes au bord desquelles il faut adroitement poser les pieds en espérant glisser le moins possible. Ici, ni microspikes, ni crampons, ni raquettes ne changeraient rien, puisque dès 9 ou 10h la neige molli. Alors que nous gagnons de l'altitude, un vent assez démentiel se lève. En général, il pousse dans la bonne direction, mais certaines bourrasques sont si fortes qu'il est difficile de rester debout.


L'approche de Forrester, on voit bien la fameuse chute. Le col est dans le V.

Dès lors que nous sommes tout près du col, et malgré la neige en train de mollir, nous décidons de nous lancer. Camper ici serait sûrement une expérience désagréable, vu le vent, et il n'est pas certain que faire l'approche de nuit ou au lever du jour serait réellement plus sûr. Les difficultés seraient probablement juste différentes.

Ensuite, c'est l'approche en elle-même. On peut vaguement deviner où commencent les lacets taillés dans le roc, et le chemin à tracer dans la neige pour y parvenir. Nous sortons les piolets, et y allons à la queue leu leu. Ça n'est pas à la verticale, mais vu la neige, ce n'est plus de la simple randonnée non plus. Hipbelt ouvre la voie, merci à lui. Puis le nous faut encore grimper dans un pierrier en évitant de faire dévaller la caillasse sur ceux qui attendent leur tour en-dessous.

Après ça, les quelques lacets du trail et la fameuse chute ne paraissent pas demander beaucoup d'efforts. Peut-être est-elle impressionnante les années sans neige, mais la seule réflexion qui me vient à l'esprit c'est que d'ici quelques jours, il sera beaucoup plus difficile et dangereux pour ceux qui nous suivent de faire pareil, c'est à dire de traverser en milieu d'après-midi.

Encore quelques mini-zigzags et c'est le sommet, la séance de félicitations et de photos usuelles. Nous sommes à 4000m, le point le plus haut du Pct.


L'approche vue d'en-haut


Avec le piolet, ça fait plus pro !

Ensuite, il s'agit de redescendre et nous perdons une grande partie des 1900 pieds, ou 580m suivants en glissades sur nos fessiers gelés. Impressionnantes vues d'en haut, les pentes ne sont pas si terribles que cela si on maîtrise sa vitesse au piolet et aux talons.

Ensuite, il s'agit juste d'avancer et d'avancer au mieux pour trouver un endroit où camper. Tous les camps sont encore sous la neige, il faut avancer, descendre, encore et encore. Pour finir, nous trouverons quelques mouchoirs de poches dégagés juste assez grands pour y poser nos tentes.
La mienne est trempe, ainsi que mon matelas, puisque ces items ne sont pas dans la partie imperméable du sac. Je rajoute ma couverture de survie comme isolation supplémentaire sous ma tente. C'est la première fois que je la sors de son emballage et le revêtement isolant est en train de se décomposer. Au moins ce poids mort aura-t-il servi une fois à quelque chose ! J'enfile tout ce que j'ai comme vêtements et me glisse dans mon sac en luttant contre l'hypothermie.

2 commentaires:

  1. Conseil de maître Dédé (un de la class 2016) :
    Le sac poubelle ça ne pèse rien, ça ne coûte rien et c'est étanche.
    A se procurer au prochain ravitaillement en pensant aux nombreuses traversées de rivières à venir
    Courage !

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    1. Oh, j'en avais un ! D'ailleurs les sacs poubelles ne servent à rien, ils percent. Il faut prendre un Trash compactor bag,plus épais...

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